Combien faut-il pour vivre de ses rentes en France ?

La réponse courte : entre 450 000 € et 1,4 million d'euros, selon le train de vie que vous visez. La réponse utile est plus intéressante, parce qu'elle dépend de trois choses que presque personne n'intègre : le taux de retrait, l'enveloppe fiscale, et vos trimestres déjà cotisés.

Le calcul de base

Vivre de ses rentes, c'est couvrir ses dépenses avec les revenus d'un capital sans l'épuiser. Le capital nécessaire est donc votre besoin annuel divisé par le taux que vous pouvez prélever chaque année. Voici les montants, aux deux taux de retrait les plus défendables :

Besoin netPar anCapital à 4 %Capital à 3,5 %
1 500 €/mois18 000 €450 000 €514 300 €
2 000 €/mois24 000 €600 000 €685 700 €
2 500 €/mois30 000 €750 000 €857 100 €
3 000 €/mois36 000 €900 000 €1 028 600 €
4 000 €/mois48 000 €1 200 000 €1 371 400 €

Le choix du taux n'est pas cosmétique : sur un besoin de 2 500 € par mois, passer de 4 % à 3,5 % ajoute 107 000 € à la cible. Le taux prudent se justifie surtout si vous arrêtez tôt, parce qu'un capital doit alors tenir quarante ou cinquante ans — le détail est dans le guide sur la règle des 4 %.

Ces montants sont bruts. Vos courses se paient en net.

C'est l'angle mort le plus coûteux des calculs FIRE français. Quand vous retirez 1 000 € d'un compte-titres, vous n'êtes pas imposé sur 1 000 € : vous êtes imposé sur la part de plus-value contenue dans ce retrait. Le reste est votre propre argent, déjà taxé.

Cette nuance change tout. Si votre capital a doublé depuis vos premiers versements, environ la moitié de chaque retrait est du gain. Sur un compte-titres soumis au prélèvement forfaitaire, la ponction effective sur le retrait est donc de l'ordre de 15 %, pas de 30 %. Sur un PEA de plus de cinq ans, où seuls les prélèvements sociaux restent dus, on descend autour de 9 %.

EnveloppePonction sur le retrait*Capital pour 2 500 € nets
PEA (> 5 ans)≈ 9 %≈ 942 000 €
Assurance-vie (> 8 ans)≈ 12 %≈ 974 000 €
Compte-titres ordinaire≈ 15 %≈ 1 008 000 €

* Ponction effective estimée sur un retrait dont la moitié est de la plus-value, avec un taux de retrait de 3,5 %. Plus votre capital a progressé, plus la part imposable de chaque retrait augmente.

Autrement dit, pour 2 500 € réellement disponibles chaque mois, la cible n'est pas 857 000 € mais plutôt 940 000 à 1 010 000 € selon l'endroit où votre argent dort. C'est près de deux ans de travail d'écart entre la meilleure et la pire enveloppe.

Le facteur que les calculateurs FIRE oublient : votre retraite

Le discours FIRE est largement importé des États-Unis, où il n'existe pas de régime général. En France, si vous avez travaillé de 22 à 45 ans, vous avez cotisé environ 92 trimestres. Ces trimestres ne s'évaporent pas parce que vous arrêtez : ils produiront une pension à partir de 64 ans, proratisée sur les 172 trimestres requis.

Pour un revenu net de 3 500 € par mois, cela représente une pension de l'ordre de 1 000 à 1 100 € par mois. En équivalent capital, à 4 %, c'est environ 300 000 € que vous n'avez pas besoin d'accumuler.

Attention à la mécanique : cette pension n'arrive qu'à 64 ans. Si vous arrêtez à 45 ans, votre capital doit financer seul dix-neuf années — c'est la période la plus tendue de tout le plan, et celle où un krach fait le plus de dégâts.

Et sans loyer ?

Être propriétaire sans crédit ne rapporte rien, mais supprime une dépense — et comme le capital cible est un multiple des dépenses, l'effet est violent. Supprimer 900 € de loyer mensuel réduit le besoin annuel de 10 800 €, donc la cible de plus de 300 000 € à 3,5 %. C'est le seul cas où « acheter sa résidence principale » entre légitimement dans un plan FIRE : non comme un actif, mais comme une dépense annulée.

Trois profils, trois réponses

  • Sobre, propriétaire, en province — 1 500 €/mois suffisent : cible autour de 520 000 € bruts.
  • Standard, locataire, grande ville — 2 500 €/mois nécessaires : cible autour de 950 000 €, fiscalité comprise.
  • Confortable, voyages réguliers— 4 000 €/mois : cible au-delà de 1,5 million d'euros nets de fiscalité.

Hypothèses de calcul

Capitaux calculés en euros courants, hors inflation future. Les ponctions fiscales sont des estimations basées sur un retrait à moitié composé de plus-value et sur les taux en vigueur à la date de mise à jour indiquée en bas de page. L'estimation de pension applique la formule du régime général (50 % du revenu brut retenu, plafonné au plafond de Sécurité sociale, proratisé sur 172 trimestres) et ignore les régimes complémentaires, qui l'augmenteraient.

Questions fréquentes

Combien faut-il pour vivre de ses rentes avec 2 000 € par mois ?

Environ 600 000 € avec un taux de retrait de 4 %, et 685 000 € avec un taux plus prudent de 3,5 %. Il faut y ajouter la fiscalité de sortie : selon l'enveloppe, il faut viser 10 à 20 % de capital en plus pour obtenir 2 000 € nets.

Peut-on vivre de ses rentes avec 500 000 € ?

À 3,5 % de retrait, 500 000 € produisent environ 1 460 € brut par mois. C'est viable pour un train de vie sobre, surtout sans loyer à payer, mais cela laisse peu de marge en cas de krach en début de retrait.

La retraite d’État change-t-elle le calcul ?

Beaucoup. Les trimestres déjà cotisés génèrent une pension à partir de 64 ans, même si vous arrêtez de travailler à 45 ans. Une pension de 1 000 € par mois équivaut à environ 300 000 € de capital que vous n'avez pas besoin d'accumuler.

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